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5 milliards pour Aston Martin

Dans quelques jours, après 109 années d’une existence tumultueuse, le constructeur de voitures de sport Aston Martin (DBS, DB9), entrera en bourse, à Londres. Une consécration pour le Ferrari britannique et un pactole extraordinaire en vue pour les actionnaires qui eurent le courage de ne jamais quitter le navire. Un autre Ferrari sera né.

Les anglais avaient bien retenu la leçon. Après avoir vendu et/ou perdu Rover, Mini, Jaguar, Land Rover, Triumph, Bentley et Rolls Royce …  au cours des années 80 et 90, ils avaient aussi abandonné tout espoir de conserver une seule entité de leur prestigieuse industrie automobile sous pavillon de l’Union Jack. Il avait suffi d’une énième crise pour que, à la fin des années 90, tous soient décimées. Jaguar et Aston Martin étaient ensuite passés sous la gouvernance de Ford, qui décidait alors, sous les auspices de Jack Nasser, de créer une division consacrée aux véhicules Premium. Il abandonnait alors Lincoln et les autres aux Etats-Unis, ce que personne chez « Blue Oval » n’allait lui pardonner. Mais là n’est pas notre propos. Ainsi, si après moulte faillites et autres restructurations industrielles et financières, Jaguar passait sous pavillon chinois, Aston Martin essuyait la septième banqueroute – un record inégalé et peu connu, même de James Bond ! – de sa longue existence, avant que David Richards, ne permette à Aston Martin de survivre, puis de lever des fonds et de se redéployer.

David Richards ? Ex-coéquipier de rallyes, il avait été le navigateur d’Ari Vatanen, champion du monde en 1981 et spécialiste mondial des tonneaux en Ford Escort. Ce qui attestait déjà d’un véritable courage pour le britannique, qui quittait ensuite le baquet de droite et poussait sa formation de chasseur de sponsors et d’investisseurs . Cela lui permit de monter ProDrive, qui allait devenir un véritable empire basé sur la course automobile, qui fit courir les Subaru en Rallyes, les Aston Martin en Endurance et au Mans, les Renault Megane en Rallycross, les Minis en Rallyes etc, etc avant qu’il ne prenne les commandes de la puissante équipe BAR de Formule 1, devenue aujourd’hui invincible sous la bannière de Mercedes. Bref, notre homme n’avait pas chômé et s’était construit une respectabilité planétaire avant qu’Aston Martin, dernier bastion – peut-être le plus prestigieux – du savoir faire automobile britannique ne coule à nouveau.  Las, au tournant du siècle, en 2007, après avoir réunis un tour de table très moyen-oriental, à la manière de ce que réussit à la même époque Ferrari et McLaren, Aston Martin rechutait et souffrait de la crise de la fin des années 2000.

La gamme stagnait et les clients qui avaient dépensé entre 100 000 et 200 000 £ dans l’achat d’une Aston ne revenaient pas. Car leurs valeurs de reventes étaient basses et les soucis de qualité et de réseau les avaient refroidis. Bref, Aston Martin frôlait une 8e catastrophe avant que l’italien Investindustrial ne lui sauve à nouveau la mise avec une prise de participation d’environ 37%, les Koweitis de DAR conservant leurs 40% de l’entreprise. Alors, certes, les Britanniques perdirent alors la majorité dans Aston Martin. Mais ils demeurent aujourd’hui encore son premier marché et les actionnaires minoritaires restent, avec les employés de l’entreprise, tous britanniques. Ce qui explique que Londres a été choisie pour mettre en vente environ 25 % des actions d’Aston Martin, qui sera présent au Mondial de l’Automobile. Restent alors trois questions. Pourquoi 25% ? Pourquoi maintenant ? Et pour quel montant ?

A la première question, la réponse se trouve dans la valorisation des investissements passés des deux gros actionnaires. En proposant au marché 25% du capital d’Aston Martin, si les investisseurs se précipitent et que le cours de l’action monte, ils bénéficieront d’une valorisation immédiate de leurs investissements passés, sans doute à des niveaux exceptionnels, voire même stratosphériques. Ainsi, n’oublions pas qu’Investindustrial aurait acheté 30% du capital pour 260 millions de livres sterling. Ce qui semblait fou et déraisonnable alors le sera sans doute moins alors.

A la deuxième question, celle du calendrier choisi, il existe plusieurs réponses. D’une part, depuis la cession par Ford, tous les analystes et tous les investisseurs savent que cette introduction en bourse, qui plus est sans augmentation de capital, sera le moment de vérité et, sans doute, le jackpot. A condition que le moment choisi soit le bon et que les analystes qui font la pluie et le beau temps sur le marché en convienne. Mais Aston Martin a trois usines très modernes, 2700 employés, gagne au Mans, signe avec la 25e franchise James Bond, présente des supercars (Vanquish, Vantage et la très performante Walkyrie) que l’on s’arrache et brille en Championnat du Monde de Formule 1 avec Red Bull et gagne aux 24 H du Mans, tandis que son chiffre d’affaire est passé de 510 à 876 millions de livres entre2015 et 2018. Mieux, cette machine à perdre des millions (162 pour la seule année 2016) en a gagné 1984 en 2017 et frôlera les 100 millions cette année. Bref, pour la première fois de son histoire, les indicateurs sont tous au vert. Et cela devrait se poursuivre avec les apparitions programmées d’une nouvelle Aston Martin par an pendant les cinq prochaines années, dont un SUV et une Aston martin électrique, par exemple.

Quant à la dernière question, celle de la valorisation d’Aston Martin, les analystes estimaient, à quelques jours de ce fatidique 3 octobre d’introduction, qu’elle devrait valoriser Aston Martin autour de 5 milliards de Livres. Les 260 millions des italiens seront alors devenus 1,25 milliards ! Oui, vous avez bien lu. Et à ce petit jeu là, avec 6400 véhicules produits en 2018,  cela placerait Aston martin à 50% de la valeur de Ferrari, dont la mise en vente d’actions à New-York, il y a trois ans, valorisait la légendaire firme de Modène à dix milliards. Alors, Aston Martin vaudrait aujourd’hui, au tout début de sa phase d’expansion programmée, la moitié de la valeur d’un constructeur automobile comme  Ferrari, lors de son offre publique ? Si le marché devait le confirmer, nulle doute que cette valorisation serait plus que doublée dans les trois ans. Sauf cas d’une huitième catastrophe, bien entendu …  Et gageons que Lamborghini, Bugatti et Maserati gardent aujourd’hui les yeux grands ouverts !

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